Alain Gautier, à quinze jours du départ de la course, quel est votre état d'esprit ?

Tout va bien, le moral est bon. Je suis satisfait de mon bateau. Le Team Foncia a fait un gros boulot pendant 7 mois et le potentiel du bateau a été considérablement amélioré. Après le chavirage de la Transat Jacques Vabre en 2005, il y a eu des grosses modifications qui ont été apportées. Le mat et les foils ont été changés ce qui nous a permis d'alléger le bateau de 200 kilos.

Comment s'est passé le parcours de qualification en août dernier ?

Très bien, j'ai redécouvert le bateau et je suis content de son comportement. Foncia peut rester sous-toilé sans perdre de vitesse. Il est également plus souple à manier et à manoeuvrer. Au-delà, il est aussi plus haut sur l'eau, il passe mieux dans la mer et il est plus aérien. Lors de ce parcours effectué entre l'Espagne et l'Irlande, j'ai redécouvert la course au large, puisque depuis la Québec-Saint Malo 2004 je n'avais pas passé une seule nuit en mer.

Quelles sont vos ambitions sur cette course ?

Je suis un compétiteur dans l'âme. J'y vais pour gagner. Mais tout le monde sait que le parcours est extrêmement difficile. La grosse différence avec les éditions précédentes c'est que les adversaires ont des bateaux très performants et qu'ils sont bien préparés.

Quels sont les domaines qui font la différence ?

Le sommeil a son importance. Il faut savoir gérer la fatigue. On doit accepter de se reposer, de capitaliser du sommeil pour gagner du temps après. Une nuit de sommeil correcte c'est en générale 4 à 5 heures de repos. Si on ne se repose pas, on perd de la lucidité et on peut se laisser dépasser par son bateau. Par exemple, il fait savoir anticiper les manoeuvres rapidement. Un gennaker (ndlr : petite voile à l'avant du bateau) mal hissé et c'est beaucpup de temps de perdu. Beaucoup de jeunes skippers qui disputent le Rhum ne dorment pas les trois premiers jours, c'est erreur car après ils s'écroulent et perdent deux fois plus de temps.

Le choix de la route est également primordiale. On a plusieurs options et il faut savoir se décider très vite. En plus avec la fatigue on peut faire de mauvais choix de météos. L'arrivée en Guadeloupe aura également son importance. Les organisateurs ont changé le parcours et on va devoir faire le tour de l'île. On aura sûrement des arrivées au sprint.

Que pensez-vous du routage ?

Maintenant, tous les skippers ont un routeur. C'est un plus sur lequel on peut se reposer mais avec les moyens de communication sur internet, on a des informations météos très pointues et ce sont les mêmes... Après c'est à nous de faire les bons choix. Mais c'est vrai que quand il n'y avait pas de routage, c'était plus de l'aventure.

Sur la dernière Route du Rhum il y avait eu beaucoup de casse...

C'est vrai que l'on a beaucoup critiqué les bateaux en disant que c'étaient des Formule 1 et qu'ils allaient trop vite. Il y a eu des modifications apportés sur la sécurité mais les bateaux sont très proches de ceux de 2002 et ils vont toujours aussi vite et même plus vite pour certains. De toute façon, ces trimarans-là ce sont des F1 et Monsieur tout le monde n'est pas capable de conduire ces bateaux.

Dans une course de ce type, qu'est-ce que vous redoutez le plus ?

Ce sont les avaries, les casses. A tout moment cela peut arriver et c'est très frustrant car tout le travail accompli pendant des mois est anéanti.»

Propos recueillis par Bertrand PERTUIS