L'Australien, pur produit de la piste sur laquelle il a obtenu la consécration dans les plus grands évènements (JO, championnats du monde), n'a pas eu à exercer ses talents sur l'anneau du vélodrome de Roubaix. Il s'est présenté tout seul au bout des 259 kilomètres, près d'une minute avant le groupe réglé pour la deuxième place par l'Espagnol Juan Antonio Flecha devant le Suisse Steffen Wesemann.

O'Grady, qui présentait curieusement peu de références sur Paris-Roubaix (16e en 1997, 18e en 2003 et 2005, 20e en 1998), a eu le temps de savourer son succès. Il a levé les bras, apprécié l'ovation de la foule sur le vélodrome nordiste, embrassé fougueusement sa femme qui l'attendait sur la pelouse avant de tomber dans les bras de ses coéquipiers, entre autres le vainqueur sortant, le Suisse Fabian Cancellara.

La CSC ultra-présente

L'Australien d'Adelaïde, qui a accompli sa carrière dans des équipes françaises avant de rejoindre l'année passée le groupe CSC, a renoué avec le succès qui le fuyait depuis son titre olympique de l'américaine aux JO d'Athènes. "J'ai eu besoin de me remotiver, a-t-il expliqué. Maintenant, je me consacre aux grandes courses, je cherche à gagner les classiques". Souvent placé, abonné aux troisièmes places (Milan-Sanremo, Tour des Flandres, Paris-Tours), O'Grady a cette fois touché son sommet à l'âge de 33 ans. Pour y parvenir, il a joué de la force collective de CSC qui a placé trois coureurs dans la maxi-échappée (34 éléments) partie au 30e kilomètre.

Pour obtenir un bon rang, il valait mieux appartenir à ce groupe, duquel sont sortis plus ou moins brièvement divers coureurs (R. Grabsch, puis Van Impe, Kopp, Pollack). A l'arrivée, sept de ses membres se sont classés dans les quinze premiers (O'Grady, Petito, Hammond, Franzoi, Van Impe, Kopp, Grabsch) et le jeune néo-professionnel Stéphane Poulhies, un Albigeois de 21 ans, doit à cette initiative de prendre la place de premier Français (22e).

Boonen: l'occasion manquée

Comme beaucoup pourtant dans cette 105e édition aux données tactiques compliquées par le temps sec, O'Grady a connu son lot de malheurs. Deux incidents mécaniques, le premier survenu dans la tranchée d'Arenberg, lui ont fait quitter la tête de la course. Dans une course parfois confuse, il a même été repris par le peloton principal après Arenberg. Mais il a trouvé les ressources pour sortir de nouveau, notamment en compagnie de Wesemann (2e en 2002).

L'Australien a abattu sa carte dès lors que Cancellara lui a confié qu'il n'était pas dans un grand jour. A l'arrivée, le Suisse s'est consolé dans une jolie formule: "Je n'ai pas perdu puisque nous avons gagné." En revanche, Boonen peut s'interroger sur ce qui ressemble fort à une occasion manquée. Le vainqueur 2005, qui disposait de plusieurs coéquipiers à l'avant de la course, a haussé l'allure à plusieurs reprises -à contre-temps ?- pour se débarrasser de

Son forcing sur les effrayants pavés de l'Arbre a prouvé que le grand Tom disposait encore des ressources nécessaires. Mais, quelques minutes plus tôt, O'Grady avait démarré à bon escient dans les rues asphaltées de Bourghelles après le salut à Jehan d'Estaires, le Géant folklorique qui représente un chevalier croisé du XIe siècle. La victoire l'attendait 25 kilomètres plus loin.

Eurosport - avec AFP