Une mise au point franche, pleine de maturité. Rien d'étonnant pour ce jeune homme au caractère bien trempé. Du haut de ses 19 ans, Nasri affiche déjà une expérience rare. A tel point qu'il fait presque partie des meubles dans le football de l'Hexagone. Depuis trois ans, le jeune Marseillais a tout connu. Il a découvert la Ligue 1 (82 matches), la Coupe d'Europe (14 matches) et a même rempli son palmarès (championnat d'Europe 2004 des moins de 17 ans).

Plein de maturité

Et pour couronner le tout, il évolue sous le maillot de l'OM où règne le meilleur contexte pour apprendre à gérer la pression, s'endurcir et évoluer. Si on a les nerfs solides bien sûr. Mais Nasri les a. "Marseille est une ville où on grandit plus vite. Depuis que j'y suis, j'ai vu passer quatre entraîneurs, deux présidents et bientôt deux actionnaires majoritaires", rappelle-t-il. "La pression y est hors norme et j'ai sûrement grandi plus vite que les autres joueurs de mon âge", estime-t-il.

Malgré ce parcours exceptionnel, il garde la tête sur les épaules. Ne voulant pas brûler les étapes, ni se brûler les ailes, il est arrivé à Marcoussis serein, humble, refusant d'être catalogué comme le nouveau prodige. "Je suis vraiment très surpris d'être là, déclare-t-il. Ces derniers temps on a beaucoup parlé de moi, mais je ne m'attendais pas à être ici. Je me voyais chez les Espoirs". Avec les jeunes de son âge. Mais voilà, les performances du minot de Septèmes ont attiré le regard de Raymond Domenech, désireux de préparer le futur. Et il y a de quoi...

Six mois parfaits

Cette saison, Nasri a explosé au grand jour. Limité à un statut de remplaçant ces dernières années, il s'est imposé au sein de l'effectif phocéen en profitant des blessures et du manque de régularité des stars olympiennes (Cissé et Ribéry). Pour expliquer sa réussite, ses qualités techniques exceptionnelles et ses dons balle aux pieds sont toujours mises en avant. Lui balaye les superlatifs et ne prône que le travail "Je suis un bosseur, je ne me contente jamais de ce que j'ai, martèle Nasri. Mais ce qui a aussi fait la différence, c'est mon temps de jeu, mon positionnement, surtout depuis décembre où je joue derrière deux attaquants. Je joue pratiquement tous les matches. J'ai progressé sur le plan physique, ce qui me permet de tenir tout un match alors que la saison dernière j'étais beaucoup trop frêle."

Après avoir passé toutes ses étapes avec brio, Nasri ne veut pas s'arrêter en si bon chemin. Il sait qu'il s'apprête à vivre deux semaines décisives pour son avenir en Bleu. "Je vais côtoyer des joueurs comme Thuram, qui a plus de 100 sélections (126), qui sont champions du monde. En 1998, j'avais 11 ans..." , s'amuse-t-il. Et quand on lui parle de l'Euro 2008, il ne change pas de position et refuse de s'emballer. En vieux briscard.... "C'est trop tôt pour en parler, on ne sait pas ce que l'avenir nous réserve, indique-t-il prudemment. On n'est pas à l'abri d'une blessure. Pour moi, le plus important c'est de savourer cet instant, continuer à progresser, à franchir un palier avec Marseille et devenir plus décisif, Il faut respecter les anciens, ce qu'ils ont apporté à la sélection. On est là pour apprendre." Toujours humble. Ça rappelle quelqu'un...

Eurosport - Glenn CEILLIER