Justine Henin est marquée. Son visage anguleux exprime à la fois la souffrance et le soulagement. Les premières déclarations de la N.2 mondiale à son arrivée à Coubertin sont celles du femme qui veut se protéger des questions trop pesantes sur sa vie privée* et celles du joueuses qui veut avancer. L'annonce est solennelle : "J'ai vécu des moments difficiles, mais tout cela m'appartient. J'ai droit comme tout le monde au respect de mon intimité."

L'émotion est forte, mais la parole est sûre, convaincante. On ne parlera pas du passé proche mais du présent.

A Paris, Justine estime que tout est réuni pour afin passer à autre chose : "C'est un des endroits où je me sens le mieux." Elle a décidé il y a deux semaines de venir à Coubertin. Après avoir repris l'entraînement pendant l'Open d'Australie, elle a connu quelques pépins (entorse de la cheville, gastro&hellip) mais elle se sent physiquement et mentalement capable de relever le défi de ce tournoi relevé.

Justine comme Serena ?

Les objectifs de Justine sont d'ailleurs aussi élevés que ceux de Serena Williams avant Melbourne : retrouver "la sérénité, le calme" qui lui ont permis d'être au sommet et surtout "le plaisir de jouer". Chez ces joueuses de ce niveau, le plaisir de jouer rime avec succès.

A ce moment précis de la carrière de Justine, on peut difficilement éviter le rapprochement avec Serena Williams.

Plus que tout autre joueuse sur le circuit, elles ont transformé leurs come-backs en oeuvres d'art. Serena en 2005, en Australie déjà, et cette année, a fait pâlir les parieurs. Justine a multiplié depuis les blessures et les retours fracassants.

A chaque fois que leur rapport au jeu à été mis en question, elles ont répondu de la plus belles de manières en surclassant leurs adversaires. Leur domination sur le circuit WTA est une alternance de fulgurances et d'absences. Seule Kim Clijsters en 2005 avait su épater son monde en remportant coup sur coup Indian Wells et Miami après plusieurs mois de convalescence. Le retour de Martina Hingis n'ayant pas encore produit de victoires majeures.

"Devenir quelqu'un de meilleur, de plus fort"

Interrogée sur la performance de Serena à Melbourne, Justine prend ses distances. "J'ai un peu suivi le tournoi, mais surtout le tournoi messieurs". "Serena a la rage, ça, on ne peut pas lui enlever" ajoute-t-elle. La Wallonne est plus introvertie que l'Américaine, mais le besoin de tennis pour reprendre les mots de S.Williams, est le même. Quand cela va mal en dehors du court, c'est le tennis qui reste. "Depuis l'âge de cinq ou six ans, je me bats sur les courts et cela va continuer" , confirme-t-elle.

La question qui se pose pour la Belge est la suivante : se remet-on aussi facilement d'une séparation que d'une longue convalescence ? "Je vais me servir de ce qui m'est arrivé pour devenir quelqu'un de meilleur, de plus fort" , assène Justine qui prend les accents philosophiques de Serena à Melbourne.

Mais une image passe qui entretient le doute : "Ce qui est le plus difficile quand on revient, c'est la rigueur et la concentration. Il faut savoir rester dans le tunnel". Sortir du tunnel de la vie privée pour briller dans le tunnel de la compétition ?

On imagine qu'Amélie Mauresmo aimerait sortir du tunnel à Paris. Une finale Henin-Mauresmo pour faire table rase des idées noires australiennes** ? "C'est le cadet de mes soucis, dit Henin, je prends les matches les uns après les autres."

Les précédents : En 2005, Henin revient de blessure. Elle s'impose à Charleston, Varsovie, Berlin et Roland-Garros, éclipsant l'extraordinaire retour de Clijsters.

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**Les deux joueuses ne sont plus aussi proches qu'avant depuis la finale "tronquée" de 2006.

Eurosport - Julien Carrasco, propos recueillis à Paris (Coubertin)