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mar 31 oct 2006

Michel Desjoyeaux et Géant tiennent un rythme d'enfer

31 10 2006

Rarement situation n'aura été aussi limpide sur la Route du Rhum. Après deux jours de mer, il semble qu'on s'achemine vers une véritable course de vitesse à destination des Antilles. Avec sans doute à la clé de nouveaux records, puisqu'on parle des premières arrivées dès lundi prochain! Dans ces conditions, la différence se fait sur la capacité des hommes à tirer sur leur machine. A ce jeu-là, c'est pour l'instant Michel Desjoyeaux qui fait la course en tête en multis, tandis que sur une coque, on se dirige vers un match à trois entre Jean-Pierre Dick, Roland Jourdain et Jean Le Cam.

Et si le vainqueur de la Route du Rhum, en tout cas en ce qui concerne les multicoques, était connu dès lundi prochain? Cette hypothèse a été sérieusement évoquée ce mardi lors de la vacation du jour par le directeur de course lui-même, Jean Maurel. "On est plus partis pour 8 à 9 jours de course. Demain après-midi, on saura s'il faudra changer nos billets d'avion et notre organisation, a confirmé l'ancien skipper d'Elf-Aquitaine. C'est très différent de 2002, il y au des pointes ce matin à plus de 29 noeuds, demain soir, ce sera le passage des Açores, après-demain, les Canaries, on a déjà des informations comme quoi les bateaux seraient lundi en Guadeloupe."

Soit effectivement en 8-9 jours de course, bien en dessous du record de 1998 de 12 jours 8 heures 41 minutes et 6 secondes de Laurent Bourgnon. La raison de tout cela? Une situation météo des plus limpides: après être allés chercher un front sous l'Irlande dans la nuit de lundi à mardi, les solitaires descendent désormais vers les Açores, archipel autour duquel ils devront négocier une dépression avant de faire route directe dans les alizés vers Pointe-à-Pitre, terme de ce parcours express. A ce jeu-là, l'heure n'est pas vraiment aux grandes options, mais plus à une course de vitesse qui, sur multicoques, devient forcément stressante.

Bourgnon: "Préparez vite vos valises !"

"Pour l'instant, ça tartine. Il faut rester vigilant, un accident est si vite arrivé", confirme ainsi Pascal Bidégorry sur Banque Populaire. Ce dernier a d'ailleurs été le premier à empanner mardi en fin de matinée, pour mettre le cap plein sud, suivi immédiatement par Yvan Bourgnon, là où certains, comme le leader Michel Desjoyeaux, faisaient encore de l'ouest. A la vacation de midi, Yvan Bourgnon affichait sa satisfaction d'être "dans le bon paquet", lui qui avait eu le droit à de belles accélérations dans la nuit, notamment une pointe de vitesse à 35 noeuds sous pilote! "Ça s'est accéléré cette nuit, avec beaucoup de changements de voile, j'ai fait toute la garde-robe du bateau !" Et le skipper suisse de Brossard de prévoir un scénario palpitant pour la suite du programme: "On est encore 7-8 bateaux au coude à coude, j'ai l'impression de faire un deuxième départ. On fonctionne plus avec des petits coups car mine de rien, les systèmes évoluent beaucoup, on est dans des conditions où ça glisse, ça tombe bien, Brossard aime la glisse. On n'est jamais en dessous de 20 noeuds, préparez vite vos valises !"

Dans ces conditions de glisse, c'est effectivement à coup de petites options tactiques que peut se jouer la victoire entre les bateaux qui font pour l'instant la course en tête, Géant, Gitana 11, Brossard, Banque Populaire, Groupama et Sodeb'O. Certains, à l'instar de Franck Cammas, se demandent cependant comment tenir la cadence imposée par les Michel Desjoyeaux, Lionel Lemonchois ou Yvan Bourgnon. "Le rythme est assez élevé en terme de prise de risque autour de moi, on va voir si ce rythme peut tenir longtemps mais c'est vrai qu'il y en a quelques uns qui allument fort d'entrée." Bref, la gestion du sommeil et de l'alimentation, la vigilance à la barre dans des conditions qui peuvent être «propices» aux chavirages seront des éléments déterminants dans les heures et jours à venir.

Jourdain: "Il faut brûler tous les cierges..."

Du côté des monocoques, le risque est bien moindre, les sorties de route ne se soldant pas par un chavirage synonyme d'abandon. Ce qui n'empêche pas les avaries sérieuses comme celle connue lundi par Vincent Riou. Arrivé mardi en début d'après-midi à Port-la-Forêt, le skipper de PRB est revenu sur les conditions de son démâtage: "Il y avait 15 noeuds de vent et j'étais sous solent et grand-voile haute. Juste avant la chute, j'ai vu le mât flamber au niveau du bas-hauban et puis crac! Il faisait encore jour et j'ai récupéré tout ce que j'ai pu c'est-à-dire pas grand-chose: 6 mètres de la partie inférieure du mât, la bôme, les outriggers. Le reste j'ai du le laisser couler pour arrêter d'abîmer le bateau. PRB a légèrement été endommagé quand le mât est tombé sur la casquette du rouf mais rien de grave." S'il tente de relativiser, le marin de Loctudy s'interroge sur les raisons de cette avarie: "Avant que tout ne parte à l'eau, j'ai vérifié qu'aucune pièce n'avait cassé, cela ne vient pas de la rupture d'une pièce. Je pense que c'est plutôt un problème de conception générale du mât. Nous avions eu des inquiétudes après les premières navigations qui nous avaient poussé à changer le haubanage (câbles soutenant le mât, ndlr) pour le renforcer. Peut-être qu'un système à trois haubans s'avère trop complexe à régler pour un solitaire... Il faut faire tourner les calculateurs car c'est bien beau de reconstruire un mât, mais il faut comprendre avant pourquoi il a cassé. D'autres vont se poser des questions puisque derrière le mien, plusieurs devaient être construits." Effectivement, les conclusions seront utiles pour les skippers, et ils sont nombreux, qui se font actuellement construire un nouveau 60 pieds.

En attendant, la course est amputée de deux des trois nouveaux bateaux (Jérémie Beyou a vécu un drame familial et a abandonné lundi sur Delta Dore), le troisième, Temenos, ayant rencontré lundi des soucis de dérive qui ont coûté trois heures d'efforts physiques à son skipper, Dominique Wavre. Du coup, et ce n'est pas une surprise, les trois bateaux de la génération 2003-04 font la course en tête avec pour l'instant un tiercé Dick-Jourdain-Le Cam qui fut celui de la dernière Jacques-Vabre et pourrait être, dans l'ordre ou le désordre, celui de l'arrivée. Joint à la vacation, Roland Jourdain semble parfaitement serein dans des conditions au portant idéales. "Je retrouve mon petit Sill et Véolia comme je l'aime, un grand adolescent en pleine forme." Et «Bilou» de s'attendre comme les autres à une vraie course de vitesse: "C'est possible qu'on garde du portant jusqu'à l'arrivée, c'est assez incroyable. Dans ces conditions, il faut brûler tous les cierges du monde pour que les pilotes automatiques tiennent bien, pour que les spis et les drisses restent en bon état, ça va effectivement être une course de vitesse, peut-être une course à la barre parce que le barreur est toujours meilleur, j'ai bien fait de me faire un petit fauteuil confortable." Si un retour des Temenos, Brit Air, voire Safran et PRB n'est pas exclu, Virbac, Sill et VM Matériaux semblent partis pour un match à trois passionnant. "Ils ont un potentiel assez proche, stratégiquement, ils vont chercher la même chose. Dans ces conditions, c'est vraiment le skipper qui fait la différence", estime notre consultant Yann Eliès. Bref, comme en multicoque, la gestion du bonhomme sera aussi, voire plus, importante que celle du matériel...

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